Interview de Masaaki Ninomiya autour de Gannibal, 25 Février 2024

Masaaki Ninomiya a connu une belle ascension au Japon, ainsi que chez nous, grâce à son thriller Gannibal. Loin d’être purement racoleuse et de jouer sur une morbidité voyeuriste, le manga a su faire l’unanimité grâce à son scénario au rythme haletant, sa galerie de personnages tantôt attachants tantôt effrayants, et une thématique du cannibalisme abordée avec brio, sous l’angle de la coutume désuète, en l’opposant avec les mœurs modernes.

Afin de célébrer la conclusion de la série, les éditions Meian ont convié le mangaka lors de l’édition 2023 de Japan Expo, une initiative qui marquait d’ailleurs leur premier invité japonais sur le salon. Et fort de l’engouement autour de Gannibal, l’artiste a connu un incroyable succès lors de ses séances de dédicace, toujours pleines. Dans son planning chargé, l’auteur nous a accordé un entretien privilégié afin de revenir sur sa carrière ainsi que sur son œuvre.

Pouvez-vous nous parler de vos débuts en tant que mangaka ? Certains auteurs vous ont-ils influencé ?


Masaaki Ninomiya : Je dessine que je suis tout petit, et le manga m’a toujours inspiré. Parmi les mangas que je lisais quand j’étais jeune, beaucoup sont étonnamment éditées par Meian en France. Il y avait Shigurui, mais je suis aussi un grand fan de Kazuhiro Fujita et de Karakuri Circus.



Le début de votre carrière remonte à 2016, avec l’histoire courte Revoltech Taniguchi, qui vous a valu une mention honorable au Prix Tetsuya Chiba. Pouvez-vous nous parler de cette œuvre qui reste inédite en France ?


Masaaki Ninomiya : Plus qu’un manga d’horreur, il s’agit d’une comédie horrifique qui parle d’une jeune fille décédée, qui reprend vie dans le corps d’une figurine. Elle vit des situations assez drôles dans lesquelles elle a du mal à utiliser son nouveau corps. Un peu comme avec les gunpla, les maquettes Gundam, elle change ses mains elle-même.


Avec cette œuvre, je cherchais à interroger le lecteur sur l’âme. C’est un concept qui me fascine car on ne sait pas si l’âme existe réellement. Et si on nous dit qu’une figurine renferme une âme, on n’y croira pas. Mon idée était de questionner sur la manière de prouver l’existence de ce concept.

Parlons maintenant de Gannibal. Comment avez-vous fait connaissance avec les éditions Nihon Bungeisha ? Et quelles réflexions ont abouti à la naissance de l’œuvre telle qu’on la connaît ?


Masaaki Ninomiya : Nihon Bungeisha m’a contacté directement par message privé Twitter, une pratique qui se fait beaucoup ces derniers temps, et chez toutes les maisons d’édition à mon avis. Une rencontre a rapidement eu lieu, et j’ai accepté de signer avec eux car ils m’ont rapidement proposé un projet concret.



Gannibal s’ancre dans un registre où le suspense côtoie énormément l’horreur. Chôso no Babel, votre précédente série, était de ce même registre. Qu’est-ce qui vous attire dans le genre horrifique ?


Masaaki Ninomiya : Plus que l’horreur en elle-même, je m’intéresse aux histoires traitant de la Vie et de la Mort. A partir de là, j’aime développer des affaires de meurtres. Je pense que l’horreur est le meilleur genre pour aborder ces questions. En plus de parler aux lecteurs, il renforce toutes les idées qu’on peut développer et nos réflexions.


Il y a une autre raison. Personnellement, je ne trouvais pas de manga d’horreur qui parvenait à m’interpeller. J’ai voulu me lancer par des histoires qui me plaisent, et qui pourraient plaire au lectorat.


© 2016 Chôso no Babel / 鳥葬のバベル – Masaaki Ninomiya (KÔDANSHA)

Gannibal est un manga qui s’intéresse aux traditions d’autrefois pour planter son décor horrifique. Dans le village de Kuge, tout est inquiétant, que ce soit les simples habitants ou le clan Goto. Comment avez-vous travaillé ce cadre anxiogène ?


Masaaki Ninomiya : Par mon dessin, j’espère avoir réussit à retranscrire ce climat inquiétant. Le fait d’avoir installé cette histoire dans un cadre rurale doit aussi jouer. Kuge a beau représenter la campagne japonaise, je pense que le village peut parler aux lecteurs du monde entier. Je ne sais pas si vous connaissez le film de 1973, The Wicker Man, de Robin Hardy. Il parle aussi d’horreur dans un lieu reculé, auprès d’habitants ruraux. Ainsi, je crois qu’avoir choisi la campagne comme centre de l’action aide à renforcer la dimension angoissante.

Au-delà de l’horreur et du suspense, c’est votre maîtrise du scénario qui étonne de Gannibal, où toutes les révélations semblent s’emboîter parfaitement. Lorsque vous avez commencé à dessiner la série, aviez-vous toute la structure du scénario en tête ?


Masaaki Ninomiya : Je n’avais pas du tout réfléchi au fil de toute l’intrigue. Je crois que l’un de mes points forts est de toujours retomber sur mes pattes lors de l’écriture du scénario. Quand j’entame un nouveau chapitre, je me demande ce qui est plausible en terme d’intrigue, par rapport à ce que j’ai raconté plus tôt. Je fais très attention à ce que toute la trame se raccorde bien, mais j’écris au fil de la plume malgré ça.



Un autre élément surprenant de Gannibal est sa dimension sociale. Ainsi le clan Goto nous interroge sur l’évolution des civilisations. Au début de la série, il y a aussi le passé de Daigo Agawa, qui a commis une bavure policière. Dans votre démarche, y a-t-il une volonté de parler de notre société à travers vos histoires ?


Masaaki Ninomiya : Je ne pense pas que ce soit obligatoire dans une histoire. Mais personnellement, j’ai tendance à poser sur le papier mes propres réflexions. Je ne sais pas si j’ai un message concret à transmettre à travers mes oeuvres, mais je pense qu’il est difficile d’imaginer un bon manga si un auteur ne pose pas ses questionnements dans son écriture.

Remerciements à Masaaki Ninomiya pour cet échange, à son interprète et traducteur Vincent Marcantignini, et aux éditions Meian pour l’organisation de la rencontre.

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