Interview de Loui autour de Red Flower, 08 Décembre 2023

Parmi les récents élèves de l’école française du manga, difficile de passer à côté de Red Flower. Premier manga professionnellement publié d’un auteur africain, Loui, le projet est né dans l’auto-édition où il a rencontré un joli succès, avec 291% de l’objectif honoré pour la campagne Ulule du premier tome, et 187% pour le second.


Aujourd’hui, si cette version initiale est proposée par l’auteur sur les différents salons où il se rend, Red Flower est passé sous la bannière de Glénat. Loui a véritablement mis à jour son projet afin d’en faire une série à destination du grand public, ce qui place le manga sous le statut de suite dans l’esprit de l’artiste, tout en restant un récit indépendant.


Gros lancement de la maison grenobloise, Red Flower fut à l’honneur cette année, tandis que son mangaka s’est déplacé de festival en festival. De notre côté, c’est au cours de Japan Expo que nous avons pu rencontrer l’artiste. À travers cet entretien, nous nous sommes penchés sur ses influences, sur sa vision de l’œuvre, et sur son voyage par l’auto-édition et jusque chez un éditeur professionnel.

Tu as découvert le manga à tes 18 ans. Ayant grandi au Ghana, tu as évolué avec les contes africains de ton enfance. Est-ce grâce à eux que tu t’es mis au dessin ?


Loui : Pas forcément, car je me suis vraiment mis au dessin par nécessité. Je dessine depuis que je suis enfant, mais sans être intéressé du point de vue de ma carrière et de mon avenir. Je me voulais surtout écrivain après avoir lu des épopées comme Harry Potter, Eragon et Le Seigneur des Anneaux. Avant tout, je voulais raconter des histoires.


C’est assez tard que j’ai découvert le Manga. Ce qui m’a subjugué, c’est la narration super dynamique, et cette énergie pour pousser le lecteur à tourner la page à chaque fois. C’est ce que je voulais pour mes histoires, je voulais partager ce ressenti.


J’ai donc compris que je devais dessiner mes œuvres. Je déménage en France en France en 2015, et je réalise le gouffre qui me sépare des auteurs français en termes de niveau de dessin. À partir de là, j’ai compris que je devais travailler mon style. Je passe alors deux-trois ans à dessiner des histoires courtes. Je m’obligeais à dessiner tous les jours afin d’arriver le plus rapidement possible à un niveau qui me satisferait, avec lequel je prendrai plaisir à proposer mon travail.

Pour en revenir à cette rencontre spectaculaire avec la narration du Manga, te rappelles-tu des émotions ressenties quand tu as ouvert une bande dessinée japonaise pour la première fois ?


Loui : Je n’ai pas une si bonne mémoire que ça. (rires)


J’ai commencé avec One Piece, soit un dessin hyper riche et dynamique. Je crois avoir été happé par la vie donnée aux personnages. J’ai aussi été soulagé de les voir en noir et blanc, car, pour avoir lu de la BD quand j’étais petit, j’ai toujours considéré la couleur comme une contrainte. La simplicité d’une narration avec le noir et le blanc, puis quelques trames pour relever le tout, me dévoilait un dynamisme que je ne soupçonnais pas jusqu’à présent.



Parmi les auteurs qui t’ont marqué en termes de narration, tu cites Kentarô Miura (Berserk), Takehiko Inoue (Slam Dunk ; Vagabond) ou encore Hiroyuki Takei (Shaman King). Pour ce dernier, il est surprenant de voir un jeune artiste le citer en influence.


Loui : C’est peut-être parce que l’œuvre commence à dater. Mais concernant Hiroyuki Takei, ce n’est pas tant la narration qui m’a séduit, mais plutôt son style, les ambiances et l’énergie qui se dégage de ses dessins.


Mais en termes de narration, je revendiquerai plus Hiroaki Samura pour L’Habitant de l’Infini, et Taiyô Matsumoto avec Le samouraï bambou qui fut une grosse claque.

Quand on a bien lorgné du côté du shônen et qu’on commence à se lasser, c’est vers d’autres auteurs qu’on se dirige. Ça m’a permis non seulement de voir ce qui se faisait de différents en termes de narration, mais aussi de développement de personnages et de dessin.

Quand tu as signé chez Glénat, un changement graphique s’est opéré dans tes œuvres, on pourrait même juger ton trait plus épuré.



Loui : C’est peut-être lié à mon passage au dessin numérique. Avec le manuel, j’avais le grain et les petites imperfections typiques du travail à la main. Mais j’ai dû m’en séparer au bénéfice de la productivité, afin d’aller plus vite. À côté, il y a aussi une évolution “normale”. Ça ne fait pas très longtemps que je dessine sérieusement, mais je ne pense pas m’être encore ancré dans un style ou dans un autre. Par exemple, dans le tome 2 de mes recueils auto-édités, on remarque que chaque chapitre est graphiquement différent l’un de l’autre. A cette époque, je testais beaucoup de choses et mes méthodes de travail différaient à chaque fois. J’ai finalement trouvé quelque chose qui me plaît sur la fin du deuxième volume, un style que j’ai donc gardé pour la parution chez Glénat, mais qui a aussi évolué avec l’expérience.

Pour en revenir à tes influences, il y a des inspirations graphiques, mais aussi scénaristiques. Tu cites les récits fondateurs comme l’Odyssée d’Homère ou l’histoire de Bouddha ainsi que les écrits de Joseph Campbell. À tes yeux d’auteur, ces écrits classiques et historiques sont-ils importants à connaître pour écrire une bonne histoire ?

Loui : C’est une question qui me parle énormément. Je pense que les humains résonnent naturellement et instinctivement avec une bonne histoire. Toutes les personnes qui lisent une bonne histoire vont vibrer sans pouvoir l’expliquer. On y verra peut-être une sorte de récit universel, un vécu humain. Donc, pour raconter une bonne histoire, je pense qu’il faut comprendre ce qu’est la vie, ce qu’est le combat de l’humain. Beaucoup de ces thèmes sont repris depuis l’Antiquité dans les différents mythes et contes. Il faut toucher à cette veine-là pour avoir un bon récit. Ça peut paraître abstrait, mais je suis dans cet état d’esprit.


Ce sont des thèmes qui reviennent énormément dans les contes et légendes occidentaux. Sans doute y a-t-il des parallèles avec les récits d’Afrique.

Loui : C’est toute l’essence du travail de Joseph Campbell, celui de souligner tous les parallèles dans les mythes et histoires du monde entier. Il a mis le doigt sur quelque chose que je ressentais instinctivement depuis longtemps, mais que je n’avais réussi à verbaliser. Peu importe le lieu ou l’époque où une civilisation s’est développée, on retrouve les mêmes thématiques, les mêmes motifs et les mêmes manières de raconter au sein de tous les contes et les rêves, comme si l’humanité était dotée d’un inconscient collectif à travers lequel on interprète le rêve, ce qui donnerait un sens plus large à notre vie humaine.
J’ai été élevé dans cette idée-là, et voir ces idées concrétisées dans des études m’a littéralement bluffé. C’est ce qui m’a donné envie de voir si moi aussi je pouvais toucher à cette sorte de corde vitale de l’inconscient humain dans mes histoires.

Dès qu’on se lance dans la lecture de Red Flower, il y a quelque chose d’assez indéfinissable, peut-être de l’ordre du dynamisme, qui nous accroche immédiatement. Pourrait-on relier cette sensation à ce fameux inconscient collectif, celui de sensibilités qui nous relient ?

Loui : Me dire ça, c’est me faire extrêmement plaisir. Je ne prétends pas à être à un niveau où je maîtrise ce genre de choses, mais c’est mon objectif. Dans mon idée, j’aimerais que le lecteur vive l’aventure en même temps que les personnages. De mon côté, je grandis au même titre que Kheli prend en maturité au fil de l’histoire. La finalité serait que le lecteur parvienne à me suivre dans cette évolution.


Le manga est un médium marqué par sa narration et son aspect graphique. À côté, il y a l’animation qui influence aussi beaucoup d’auteurs. Qu’en est-il de toi ?

Loui : C’est un art que je maîtrise très peu, ma culture en animation étant presque inexistante. Je suis beaucoup plus orienté cinéma qu’animation japonaise. Je n’ai pas spécialement été marqué par les films de Hayao Miyazaki et plus globalement ceux du studio Ghibli, mis à part le fait qu’ils sont très beaux. La narration ne m’a pas vraiment atteint, et je réfléchis toujours aux raisons derrière ça. Je regrette de ne pas adhérer à l’animation plus que ça, car je pense que je pourrais en tirer beaucoup de codes. C’est d’ailleurs un de mes buts : de regarder ce que je peux puiser ailleurs en termes d’inspiration.

Abordons maintenant Red Flower plus concrètement, et dans un premier temps Kéli, son personnage principal. C’est un héros qui peut paraître surprenant, car imparfait, voire irritant. Il a l’ambition digne d’un protagoniste de shônen d’aventure, celui de devenir fort. Mais il est fougueux et impulsif, et a du mal à se poser pour écouter ses ainés. Comment t’est venue l’idée de ce personnage ?

Loui : Je pense très honnêtement que c’est une réflexion sur moi-même. Je suis très pressé de rattraper mon retard sur d’autres, ce qui fait que je suis hâtif et têtu, j’ai du mal à écouter et je fais des erreurs. C’est en ça que je me projette dans Kéli, ce gosse assez naïf, mais très ambitieux, qui va devoir prendre conscience que le monde est bien plus grand qu’il ne le pense. Pour raconter quelque chose, il faut se baser sur ce que l’on connait. C’est la base du personnage.
Quant au côté imparfait, je ne trouve pas ça surprenant. Quand on regarde du côté de Naruto, c’est quelqu’un qui a aussi de l’ambition, mais qui souffre d’une grande douleur en son for intérieur. Je pense qu’un héros parfait n’est pas très intéressant à découvrir.
Là où j’ai encore à grandir et à apprendre, c’est dans ma narration de Kéli. J’ai fait de lui quelqu’un d’imparfait, tout en espérant le rendre attachant. Le risque étant que je l’ai rendu tellement têtu que le lecteur n’aurait pas d’empathie pour lui. C’était le piège, mais j’ai cherché à ce que le lecteur s’y attache autant que moi, par le jeu de la narration. Certains éléments restent imparfaits, mais d’autres me satisfont dans ce que j’ai tenté. Je vais m’améliorer, de manière à ce que le deuxième tome rende encore mieux.

Que regrettes-tu par rapport au premier volume ?

Loui : Du fait que je viens de l’auto-édition, j’avais déjà réalisé des histoires sur Kéli. Avec Red Flower, j’avais l’impression de l’avoir déjà présenté. Or, c’est une nouvelle série publiée chez Glénat, et les lecteurs ne m’ont peut-être pas connu quand j’étais en auto-édition. Ils n’ont donc pas forcément les informations, c’est comme s’ils entamaient une histoire sans avoir les premières phrases. J’ai amené des scènes pour remédier à ça, tout est compréhensible depuis le début, mais je sais que j’aurais dû faire attention pour éviter d’éventuels soucis de compréhension.
C’est un exemple parmi d’autres. Une fois que le tome est sorti, un auteur a tendance à se dire qu’ils auraient dû faire comme ça. C’est un réflexe donc on ne se séparera jamais. (rires)


Dans le premier tome, on découvre la figure du gorille géant, assez imposante. On sent chez toi une fascination pour cette créature.

Loui : Le gorille géant, c’est un peu l’étincelle par laquelle tout a commencé. C’est quand j’en ai vu un que j’ai eu l’envie de créer un univers avec de tels animaux gigantesques, et il me fallait créer une histoire autour. Dans ma tête, je sais que l’intrigue autour de ces gorilles est centrale. Mais le temps que j’y arrive, le temps que l’histoire rattrape ma pensée, les lecteurs vont pouvoir découvrir pourquoi il est si important.
À côté, je pense que du point de vue du manga et du dynamisme, les lecteurs aiment ce qui est imposant et exagéré, ce qui amène du spectacle. Ça se voit notamment du côté de cinéma, et je pense aux films King Kong ou aux Kaijû. Ce sont des œuvres où le spectacle fait partie de l’expérience.

Dans Red Flower, j’aimerais que mes lecteurs voyagent et s’amusent, mais qu’ils soient aussi impressionnés par des scènes d’action, notamment avec la première page sur le plan visuel. Même si, dans le fond, je sais que les gorilles géants seront importants pour l’intrigue par la suite.


À première vue, Red Flower peut dépayser par le folklore africain que tu empreintes, un univers assez rare dans le Manga. Pourtant, la galerie de personnages et les codes du récit d’aventures nous permettent de rapidement et pleinement entrer dans le récit. Avais-tu cette volonté d’établir cet équilibre afin de ne pas déstabiliser ton lectorat ?


Loui : Oui, c’est quelque chose que j’ai fait très volontairement. D’abord parce que l’univers de mon manga n’est pas l’Afrique, puisqu’il s’agit d’un monde fantastique inspiré inspiré des contes et légendes d’Afrique. C’est pour ça qu’on y retrouve la jungle et les baobabs, mais aussi le vaudou, des rites et des symboles. Comme ce n’est pas un documentaire, je me laisse la liberté de changer les choses quand ça m’arrange, et d’ajouter des éléments, décoratifs notamment, pour le faire voyager. Mais je ne voulais pas que ces environnements prennent le pas sur le contenu de mon histoire et sur ses thèmes. Red Flower étant un conte initiatique, on reste avant tout sur le personnage principal, et le reste devient accessoire. Je ne voulais pas m’éparpiller et en faire un safari en Afrique.

D’autant plus que la finalité du premier tome laisse penser que l’univers est susceptible d’évoluer, et que tout ce dont on parle aujourd’hui sera complété par le deuxième volume.


Loui :
Mais tout ce qu’on dit a du sens, car le premier volume est celui où je pose les bases, créé l’univers, un peu à la façon de la série animée Avatar. Lorsque l’élément perturbateur intervient, on se sent aussi dérangé que le personnage principal, car on est perturbé dans ce monde qu’on connaît. J’espère avoir su créer cette gêne chez le lecteur. Introduire l’univers pour ensuite sortir des codes est donc quelque chose de volontaire.



Concernant les versions auto-éditées de Red Flower, il est intéressant de noter que l’une des histoires est écrite de ta main, mais tu ne l’as pas dessinée. Peux-tu revenir sur cette collaboration autour du one-shot La Légende du Roi Osei ?


Loui : Max est un ami de longue date. On s’est toujours bien entendu d’un point de vue culturel. Vu qu’il vient de l’île de la Réunion, nous partageons beaucoup de points en commun par rapport à nos vécus. Quand j’évoque des événements de mon enfance, il a souvent les mêmes références. Ça me donne une aise quand je lui explique ce que je veux raconter, et il comprend directement. C’est aussi un très bon dessinateur, certes débutant. Car à terme, j’aimerais travailler avec des artistes du dessin. Il faut savoir que dessiner n’est pas ma passion, ce n’est qu’un accessoire pour raconter mes histoires. J’ai pour objectif de travailler avec des dessinateurs passionnés afin de mieux faire ressortir mon univers.


Avec Max, qui a un dessin plus réaliste que le mien, dans la lignée de Vagabond ou de L’Habitant de l’Infini, j’ai vu l’occasion de travailler une histoire plus sérieuse. J’en ai profité pour changer le format narratif afin que l’on soit dans un conte plus solennel, l’histoire d’un roi sérieux, qui a vécu des événements durs qu’ils l’ont obligé à grandir et à prendre en maturité. On revient donc à ces thèmes, mais je trouve que ça ressort différemment du fait que Max soit le dessinateur. C’était une première pour moi de collaborer ainsi avec un artiste, mais ce fut une belle expérience. J’espère la renouveler à l’avenir, avec d’autres dessinateurs, pour pouvoir faire vivre encore plus mon univers.

Cette vision de l’histoire du roi Osei correspond bien à ce que l’on découvre du personnage dans la série publiée chez Glénat. C’est un monarque sérieux et qui impose son charisme. On sent que derrière ses paroles se cache un vécu. C’est quelque chose qui pourrait naturellement guider le lectorat vers le spin-off.


Loui : C’est un personnage que j’aime beaucoup et qui, je pense, est un hommage à mon père. J’en ai eu conscience toute ma vie, mais c’est quelque chose qu’on réalise vraiment que lorsqu’on devient adulte soi-même, celle de la patience et la sagesse dont il a fait preuve pour nous éduquer mes frères et sœurs et moi, du sacrifice que ça demande d’être un homme dans la culture africaine.



Tu vois l’auto-édition comme un biais qui permet plus de liberté. Peux-tu développer à propos de ça ?


Loui : La liberté dans l’auto-édition, c’est surtout pouvoir faire ce que je veux, et pouvoir être à la recherche de mon lectorat. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on est en contact avec tant de gens qu’il y a forcément un public à trouver quelque part, contrairement à autrefois où nous étions limités au face-à-face, ou seulement distribués par un libraire. De nos jours, on peut trouver un lectorat à l’autre bout du monde, qui nous soutiendra via des plateformes telles que Patreon, Ulule ou Kickstarter. On peut vivre aussi loin sans n’avoir jamais rencontré réellement ses lecteurs, et ça donne une liberté absolument folle.


C’est un exemple que je prends souvent, mais je repense au moment où j’ai publié la première ébauche de l’histoire qui deviendra Red Flower. Si j’avais présenté le projet à un éditeur en faisant un parallèle aux contes africains adaptés en manga, ça m’aurait peut-être fermé toutes les portes. Mais en auto-édition, j’ai été soutenu par les financements participatifs et les retours de lecteur, ce qui a créé une réelle force dans la communauté. Quand j’ai présenté le projet à Glénat, qui était d’ailleurs déjà intéressé, j’avais de réelles preuves que mon histoire avait déjà son public.


À mes yeux, c’est ce qu’est l’auto-édition : un moyen de permettre aux idées un peu insolites et créatives de prendre vie, là où les institutions d’avant et les éditeurs de longue date n’auraient pas forcément franchi le pas. On le répète avec Glénat, mais Red Flower est le premier manga africain. On est clairement sur de la nouveauté, et mon éditeur tente le coup avec moi.

C’est donc Glénat qui a fait le premier pas vers toi ?


Loui : Ça a été réciproque. J’avais déjà manifesté mon envie de me faire éditer, et le confinement est tombé quand on a commencé à parler du sujet avec Glénat. Puis, quand l’éditeur est revenu vers moi, j’étais trop occupé à travailler sur le tome 2 auto-édité. Au final, c’est en 2021 qu’on a pu se retrouver pour signer.

Remerciements à Loui pour sa disponibilité, ainsi qu’à Laetitia Matusik et Loana Borges Dias des éditions Glénat pour l’organisation de la rencontre.

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