Chronique animation – Blue Giant, 09 Mars 2024

Depuis son lancement en France aux éditions Glénat en 2018, la saga Blue Giant ne cesse de nous passionner. Actuellement riche de trois séries en France (la 3e, Blue Giant Explorer, ayant été lancée dans notre pays en août dernier) et de quatre séries au Japon (la 4e, Blue Giant Momentum, ayant débuté là-bas en juillet dernier), l’oeuvre musicale de Shinichi Ishizuka s’est imposée comme une valeur sûre de sa catégorie, à la fois grâce au parcours irrésistible de son personnage principal Dai pour devenir le meilleur jazzman du monde, à sa personnalité nous embarquant totalement à ses côtés comme si rien ne pouvait l’arrêter, à l’incursion toujours plus profonde dans l’univers du jazz, à la passion évidente de son auteur pour le sujet, et à ses très nombreuses trouvailles visuelles pour nous faire pleinement ressentir les émotions de la musique jazz.

Alors quand fut annoncée une adaptation en film d’animation pour la première série de la saga, il y avait de quoi être très curieux de découvrir ça, encore plus au vu de certains noms au sein du staff: le studio NuT est plutôt réputé pour ses productions esthétiquement léchées (comme Yôjo Senki: Tanya the Evil ou Deca-Dence), le réalisateur Yuzuru Tachikawa a largement acquis ses lettres de noblesse depuis le complètement fou anime de Mob Psycho 100, la présence de Number 8 au scénario était d’emblée rassurante quand on sait que celui-ci collabore depuis longtemps avec Ishizuka sur l’histoire du manga d’origine, et les compositions musicales originales s’annonçaient très prometteuses sous la direction de Hiromi Uehara, célèbre pianiste de jazz internationalement reconnue depuis une vingtaine d’année (et interprétant elle-même les morceaux de piano du personnage de Sawabe dans le film). Alors au final, que vaut ce long-métrage sorti dans les cinémas japonais en février 2023 ? Nous pouvons enfin le savoir grâce au distributeur Eurozoom, qui nous a fait l’immense plaisir de l’amener dans nos salles depuis le 6 mars !

Blue Giant, c’est l’histoire de Dai Miyamoto, garçon qui admire les musiciens de jazz depuis longtemps, et qui s’évertue lui-même à le pratiquer depuis trois ans, quand il a enfin pu avoir un saxophone. S’il est encore un débutant en la matière, il a déjà pour lui une fougue, une passion et un positivisme qui le poussent, à peine le lycée fini, à quitter sa terre natale et sa famille sans se retourner pour rejoindre Tôkyô, où il compte bien faire réellement ses premiers pas avec un objectif précis en tête: devenir le meilleur jazzman du monde, rien que ça ! Entre ses entraînements incessants face au fleuve et ses recherches de lieux où écouter du jazz, en faire et rencontrer d’autres passionnés, il a en tête de monter son propre groupe. Et tout en laissant son ami de l’époque du lycée, Tamada, à s’essayer à la batterie en tant que débutant, il fait la rencontre de Sawabe, un prodige aux grandes ambitions qui pratique le piano depuis l’âge de 4 ans. Ensemble, ils vont former JASS, le premier groupe de Dai, et son premier pas essentiel vers la consécration.

Le film prend un pari un peu fou: condenser en deux heures de temps l’intégralité de la première série manga de la saga, soit pas moins de dix volumes (là où, habituellement, une série animée de 12-13 épisodes de 20 minutes chacun adapte environ 4-5 tomes d’un manga). Et même si les fans les plus acharnés du manga d’origine relèveront forcément certaines coupures, dans les faits il n’y a absolument rien qui choque dans le déroulement, où l’on devine donc un gros travail de Number 8 pour coller au mieux au récit de base (auquel, rappelons, il a aussi participé): la ligne directrice et les enjeux sont clairs, le rythme a le mérite d’être toujours aussi soutenu et intense que son personnage principal, chaque étape semble couler de source dans les avancées du jeune groupe, il y a un vrai plaisir à voir les trois garçons renforcer leurs liens malgré certaines épreuves, les personnages secondaires marquants du manga d’origine sont tous là et sont très bien campés (en tête la gérante du “Take Two”, témoin privilégié de la progression de ses trois protégés)… et, surtout, le travail effectué sur nos trois héros est on ne peut plus soigné, tant on cerne bien leur background propre, quitte à ce que certains flashs sur leur passé soient incorporés directement pendant les moments musicaux en ayant alors un bon impact.

L’une des forces du long-métrage est assurément à chercher dans son développement des trois garçons puis, par extension, dans son invitation à découvrir l’univers du jazz pour les néophytes ou à s’y plonger avec plaisir pour les connaisseurs, chacun pouvant y trouver son compte de ce côté-là. Si Tamada touche dans son désir, en tant que grand débutant à la batterie, de se prouver qu’il est capable d’accomplir quelque chose à une période de sa vie où études et sport le laissent sur le carreau, Sawabe, lui, marque les esprits non seulement pour sa virtuosité technique et son élégance, mais aussi pour les épreuves qui l’attendent: tombant de haut alors qu’il a un grand rêve, il devra notamment apprendre que la technique ne fait pas tout, et ainsi redescendre de son piédestal pour mieux se remettre en question et avancer. Quant à Dai, en tant que figure principale par qui tout passe, il nous emballe sans cesse, au gré de sa conviction qu’il deviendra le plus grand jazzman du monde, de sa façon de ne jamais laisser tomber et de ne jamais se retourner pour toujours avancer, et de ses entraînements incessants quels que soient le temps et le moment de la journée. Dai et le genre de garçon pour qui le rêve a priori inaccessible semble à portée de main, qui transpire de passion et d’émotion, et qui nous fait alors ressentir au mieux l’idée centrale de l’oeuvre, affirmant précisément que le jazz est la musique de l’émotion.

Cette affirmation est cruciale dans l’oeuvre: oui, le jazz est la musique de l’émotion, car c’est celle où les musiciens peuvent le plus librement se lâcher et improviser, justement au gré de leurs émotions actuelles, ce qui fait qu’un bon groupe de jazz donne rarement deux fois le même concert. Certaines épreuves traversées par nos héros sont précisément là pour faire ressortir de plus belle les émotions qu’ils peuvent ressentir au moment de jouer. Ainsi, il y a un plaisir fou à scruter une scène où Sawabe apprend enfin à s’écarter de sa technique pour se lâcher sur son piano et ressentir comme jamais du plaisir à jouer, tout comme il y a une émotion toujours plus forte lors du concert final. Un concert en deux temps, en deux parties dotées d’une ambiance bien différente, pour une raison, un événement-clé que l’on ne va pas spoiler.

Reste, alors, la question de la technique: le staff a-t-il été à la hauteur pour totalement nous faire ressentir ces émotions décrites précédemment et qui étaient si fortes dans le manga d’origine ? Eh bien, on peut assurément répondre oui. Pourtant, il y a une seule grosse limite au rendu visuel de l’ensemble: l’utilisation très régulière, lors des scènes musicales, de CGI pour animer les mouvements des musiciens. Sur ce point, le problème est double: non seulement ces éléments jurent trop avec le reste en donnant des designs plus froids et lisses, mais en plus cette animation en CG est plus lente que le reste, assez trépidant, de l’animation, ce qui fait que l’on n’y croit pas totalement. On sent pourtant que, en terme de mise en scène et de rythme, le staff a voulu tenter des choses même dans ces instants-là, mais le résultat n’est pas totalement probant. En revanche, pour le reste c’est du tout bon: les décors tokyoïtes (les clubs, la ville souvent la nuit parce c’est plus jazzy) sont aux petits oignons, l’animation plus traditionnelle est toujours soignée… et, surtout, les scènes de musique et de concerts jouissent d’un gros travail. En effet, comme dit au tout début de cette chronique, le manga d’origine a, parmi ses plus grandes qualités, un renouvellement constant dans la représentation des scènes musicales, afin de nous faire vivre chaque concert comme un moment unique. Ici, l’équipe du film ne se contente pas de reprendre des gimmicks de mise en scène du manga (notamment car Ishizuka joue énormément sur les onomatopées et sur les découpages de cases dans l’oeuvre d’origine, ce qui est beaucoup moins évident à faire en animation): loin de là, elle explore les possibilités du format film d’animation, à grands coups de retournements de caméras et autres jeux où l’image virevolte sans cesse, de plans rapprochés sur les musiciens se livrant totalement avec intensité, de petites trouvailles allant du reflet dans un glaçon à la sueur qui tombe… Certains de ces petits gimmicks ont beau parfois se répéter, on ressent un gros travail de recherches pour parvenir à les renouveler, afin de nous plonger pleinement dans les concerts, à nous faire ressentir quand nos héros se lâchent, improvisent, font leur solo et se donnent à fond. Si bien que l’on en ressort encore plus convaincus que le jazz est la musique des émotions et de l’instant.

Enfin, que serait un bon film de musique sans une bonne prestation musicale ? De ce côté-là, comme on pouvait l’espérer, la virtuosité et l’énergie de Hiromi Uehara font des merveilles à la direction de tout ceci. Non seulement, il y a une grande implication pour nous faire sentir, au fil du long-métrage, les progressions que peuvent connaître nos héros, en particulier dans le cas de Tamada puisqu’il débute à la batterie. Alors quand, enfin, on sent poindre et se confirmer l’osmose musicale des garçons, cela donne ensuite lieux à des prestations vibrantes, où Uehara a eu à coeur d’imaginer des compositions inédites qui, à chaque fois, collent fort bien aux émotions de nos héros, jusqu’au feu d’artifice final dont la mélodie et le tempo restent longtemps gravée en tête.

A l’arrivée, Blue Giant est non seulement une excellente adaptation qui a cerné toute l’essence du manga d’origine et de ce qui fait le charme de la musique jazz, mais il s’agit aussi d’un métrage ayant sa propre âme au-delà de la simple adaptation, grâce au désir de l’équipe d’offrir une bande-son excellente et de trouver ses propres trouvailles visuelles sans se contenter de reprendre celles du manga (et quitte, certes, à se casser un peu la figure lors des scènes en CGI, mais au moins même là-dessus ça tente des choses). Un très chouette film, en somme, qui a de quoi ravir les fans du manga d’origine ou de jazz, qui peut être une excellente porte d’entrée vers ce genre musical, et qui mérite d’attirer du monde au cinéma, tant l’expérience visuelle et musicale en salles vaut le coup.

Ce genre de film ayant malheureusement souvent tendance à vite sauter des cinémas ou à se retrouver programmé à des horaires peu pratiques, n’hésitez pas à aller le soutenir au plus vite si vous voulez tenter l’expérience ! En attendant, ici, on prie déjà pour une adaptation en film d’animation de Blue Giant Supreme, la deuxième série de la saga, ce qui pourrait tout à fait arriver au vu de la scène post-générique !

 

L’avis du chroniqueur
Koiwai

Samedi, 09 Mars 2024


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